Шрифт:
И такими люби их и не добивайся, чтобы они стали лучше.
И это будет для тебя большим делом, чем запереться в затворе.
И я узнаю, любишь ли ты Господа и любишь ли ты меня, слугу Его и твоего, если ты будешь поступать следующим образом: так, что не найдется брата на всей земле, который бы согрешил, как только можно согрешить, чтобы он, увидев глаза твои, не ушел от тебя непрощенным, если он об этом просит; и если сам он не просит прощения, спроси его ты, не угодно ли ему, чтобы его простили.
И если в дальнейшем тысячу раз согрешит он перед твоими глазами, люби его больше, чем меня, и вот за что: за то, что ты можешь привлечь его к Господу; и всегда имей милосердие к таким братьям…
15 мая 2003
Тема: Poiesis: дело
Дорогая Ольга Александровна,
еще раз скажу, что сегодня снова целое утро читал Ваши вещи, и они вещи. Я стал больше понимать и поэтому меньше понимать. Всё сегодня было очень славно, Вы угадали своей одеждой цвет подаренного Вам букета [98] .
98
Имеется в виду церемония вручения Премии А. Солженицына. Н. Д.Солженицына подарила мне букет из удивительных роз бледно — бледно зеленого цвета.
Федье просит именно еще сегодня передать Вам его текст, о котором он говорит, что он тайно посвящен Вам.
Всего наилучшего вб
PS. Посылаю заодно и свой текст [99]
Le titre de ma communication pr^ete `a 'equivoque; je vais donc commencer par en fixer le sens pr'ecis. Puis j’exposerai pourquoi il me para^it bon, par-del`a l’'equivoque, d’aborder de cette mani`ere la “question de la technique”.
99
В действительности, два текста: текст выступления на презентации двухтомника и текст выступления на церемонии вручения премии А. Солженицына.
“Apr`es la technique”, voil`a ce qui s’entend spontan'ement dans le sens de la succession, comme lorsqu'on dit: «apr`es la pluie, le beau temps». Le titre ainsi compris, on s’attend `a ce que soit envisag'e: ce qui viendra apr`es la technique.
Or ce n’est pas du tout ainsi qu’il faut entendre mon titre — et d’abord pour la simple raison qu’il n'y aura pas d’apr`es la technique en ce sens-l`a! Si la technique est bien un ph'enom`ene qui conna^it incontestablement un “avant”, il ne peut y avoir un “apr`es” elle (ce qui, `a supposer que nous soyons suffisamment capables d’en appr'ehender l’indication, devrait d'ej`a nous donner suffisamment `a penser). Il n’y aura pas quelque chose pour faire suite `a la technique parce qu’il s’agit avec cette derni`ere d’un ph'enom`ene 'eminent d’irr'eversibilit'e. Peut—^etre faudrait-il d’embl'ee pr'eciser que ce mot de “ph'enom`ene”, lui non plus, n’a pas ici l’acception courante d’'ev'enement manifestement extraordinaire. “Ph'enom`ene” doit s’entendre au contraire comme invite `a le prendre Heidegger, c’est—`a-dire comme: ce qui, pour parvenir pleinement en vue, requiert une ph'enom'enologie — c’est- `a—dire une pleine attention, ax'ee notamment sur le souci qu’il convient de d'eployer pour accueillir non procustement ce qui demande `a ^etre pris en vue — pour s’y prendre avec lui sans le soumettre `a un traitement qui le mutile (que ce soit par 'ecart`element ou par retranchement), de telle sorte qu’il puisse enfin, ce ph'enom`ene, appara^itre tel qu’il est en lui-m^eme. En ce sens d'efini, le ph'enom`ene de la technique demande un type de questionnement lui-m^eme unique.
Plut^ot que de nous occuper d`es `a pr'esent du rapport de ce ph'enom`ene au temps, revenons-en `a ce qui motive le libell'e de mon titre.
“Apr`es”, en effet, n’y a pas l’acception du latin “post’ (ceci, puis cela); il garde son acception originale, celle de notre adverbe “aupr`es”. Ainsi entendu, “apr`es” est comme l’indice d’un mouvement, et plus exactement encore: d’un mouvement de rapprochement; avec cette nuance importante que le mouvement s’efforce de parvenir `a se rapprocher de ce dont, au d'epart, il est loin. Dans la langue populaire, laquelle parle sous l’urgence, qui se renouvelle heureusement en permanence, de redonner sans cesse `a voir ce qui est dit, cette nuance est tr`es pr'esente. Dire: “courir apr`es quelqu’un” signale d’embl'ee que la course en question a lieu relativement `a quelqu’un qui, peu importe si c’est `a dessein ou non, ne cesse de rester 'eloign'e.
C’est pour rappeler une particularit'e apparemment peu not'ee du titre allemand de la conf'erence de Heidegger dont nous comm'emorons le cinquantenaire, que j’intitule ma communication “Apr`es la technique”.
Cette conf'erence, prononc'ee le 18 novembre 1953, porte le titre: “Die Frage nach der Technik” — o`u “nach der Technik” a bien l’acception que je viens de dire: “apr`es la technique” — dans la mesure o`u le questionnement s’y met en qu^ete de la technique, ph'enom`ene aupr`es duquel, malgr'e les apparences, nous ne sommes pas du tout au d'epart.
Dans notre langue, parler de question conduit `a ce que l’on formule: une question sur… (on s’interroge ainsi sur l’existence de Dieu, sur l’importance des ressources naturelles, etc.). En allemand, poser une question implique qu’elle soit formul'ee `a l’aide de la pr'eposition “nach”, laquelle d'erive de l’adjectif “nah” (le “proche”), ce qui ouvre en quelque sorte la dimension o`u pourra 'eventuellement se produire une approche de ce que l’on cherche `a conna^itre.
Toutes ces remarques seraient presque oiseuses si nous n'egligions d’y remarquer l’essentiel, `a savoir que les langues parlent en suivant un certain esprit. Si nous sommes attentifs `a l’indication que donne la langue allemande, nous pouvons commencer par entrevoir ceci: poser une question, ce n’est pas toujours simplement demander `a ce que soient recueillis des renseignements `a propos de ce sur quoi l’on s’informerait. Et pour passer au sujet qui nous occupe, ce pourrait ^etre l’occasion de pressentir que la technique, la technique elle-m^eme n’est pas l`a sous nos yeux, imm'ediatement accessible et analysable comme un simple objet qu’il est loisible d’examiner, mais bien qu’elle 'echappe au type de prises que nous d'eployons habituellement pour saisir ce que nous avons sous les yeux, de sorte que questionner la technique impose d`es le d'epart d’abandonner cette attitude famili`ere, pour se mettre en route vers elle — et ne pas tarder `a y faire une exp'erience, `a savoir que cette d'emarche pr'esente une allure hautement paradoxale, le moindre des paradoxes n’'etant pas qu’aller vers elle ne diminue pas la distance qui nous en s'epare. En d’autres termes: aller vers la technique, c’est devoir ^etre apr`es elle; mieux encore — si nous acceptons `a notre tour de nous laisser guider nous aussi par l’esprit de notre langue — faisant droit `a la vieille locution classique: devoir, vis `a vis de la technique, ^etre apr`es `a questionner… — entendons parler notre langue: ^etre occup'es `a questionner — mettre tous nos soins, d'eployer toute notre attention pour prendre, face `a la technique, la seule posture qui la laisse elle-m^eme venir d’elle-m^eme apporter les mots en lesquels elle va se ph'enom'enaliser.
La question de la technique n’est pas une question facile. Non pas qu’elle impliquerait un d'eploiement d’enqu^etes exc'edant les capacit'es que nous sommes individuellement en 'etat de mettre en oeuvre, mais tout simplement parce qu’elle demande un changement sans pr'ec'edent du mode de questionnement.
Envisager ne serait-ce qu’un changement quelconque, voil`a qui ne va pas sans susciter quelque perturbation. Mais ce changement-l`a, le changement du mode de questionnement, risque de bouleverser d’une mani`ere si profonde, qu’il est prudent de commencer par s’y exercer pour ainsi dire du dehors (c’est—`a-dire d’abord par des d'ecalages formels) avant de l’entreprendre pour de bon.