La main coup?e (Отрезанная рука)
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Аллен Марсель

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Puis, froncant les sourcils, d’une facon volontaire, `a grands pas, il s’avanca vers un groupe de jeunes gens. On s’'etonna de le voir :

— Ivan Ivanovitch, vous ! encore ici, `a cette heure ? Auriez-vous donc gagn'e la forte somme ?

— Ou formidablement perdu, mon cher, vous oubliez qu’il y a au moins deux explications `a la pr'esence d’un homme au Casino `a onze heures du soir ?

— Et quelle est celle qui s’applique `a votre pr'esence, Ivan Ivanovitch ? En perte ou en gain, Commandant ?

Le personnage intrigant qui venait de r'epondre au nom de Ivan Ivanovitch, le Russe, qui n’avait point paru surpris de s’entendre appeler « Commandant », haussa les 'epaules, dans un geste de supr^eme d'edain :

— Peuh, fit-il, vous demandez si je suis en perte ou en gain ? Je ne m’en souviens plus. J’ai jou'e tr`es tard, J’ai besoin de repos, et…

— Et `a demain les affaires s'erieuses ?

— Comme vous dites, mon cher.

— De sorte que vous retournez `a bord ?

Le Russe que questionnait famili`erement, sur un ton d’intimit'e ou de camaraderie, un 'el'egant jeune homme, jeta un regard rapide et furtif vers la rade de Monaco.

Au large, `a deux kilom`etres environ du quai, on devinait la silhouette d’un b^atiment de guerre peint en gris sombre.

Le Russe, encore une fois haussa les 'epaules :

— Non, se contenta-t-il de r'epondre, je ne retournerai pas ce soir, `a bord du Skobeleff.

— Mon Commandant, on vous voit rarement sur votre navire.

Cette phrase, 'etait dite d’un ton de plaisanterie. Le Russe y r'epondit d’un ton bref, net, rien moins qu’aimable :

— Je ne dois de comptes qu’au Tsar, mon Ma^itre, fit-il, et suis, quand je le veux, `a mon bord.

Puis, Ivan Ivanovitch tourna les talons, saluant l'eg`erement.

— Fichtre, monologua en apart'e le jeune homme qui venait de s’attirer cette r'eponse un peu brusque, le commandant Ivan Ivanovitch est bien nerveux. Est-ce que Dame Roulette, par hasard, ne l’aurait pas favoris'e ?

***

Qu’Ivan Ivanovitch, f^ut fort nerveux en effet, cela ne faisait pas de doute.

Traversant l’Atrium de son grand pas d’homme de mer, Ivan Ivanovitch se dirigeait vers les jardins.

L`a, il alla au hasard, avant de se heurter `a des massifs terminant l’all'ee qu’il suivait, et formant une sorte de baie ouverte sur la rade. Il s’y pencha :

Le Skobeleff, murmura-t-il, mon navire, le cuirass'e que S. M. l’Empereur m’a confi'e et que j’'etais si fier de commander…

Longtemps, le marin consid'era le vaisseau. Il le regardait avec des yeux fixes, qui par moments, s’embuaient.

Puis, `a la fin, il m^achonna un sourd juron, pointant l’index, bien qu’il f^ut seul, dans la direction du b^atiment :

— Parbleu, s’'ecria-t-il, j’ai l`a des canons qui sont des merveilles, des pointeurs qui sont les meilleurs pointeurs de toute la Marine russe. C’est un fier navire, que le Skobeleff, il faudra…

Mais comme si l’officier e^ut de lui-m^eme renonc'e `a ce qu’il m'editait `a la minute pr'ecise, il fronca encore les sourcils, haussa les 'epaules, semblant vouloir s’arracher `a sa pr'eoccupation.

— Le plus press'e d’abord. Les hommes.

Ivan Ivanovitch rebroussa chemin. Il jeta sur ses 'epaules le pardessus qu’il avait jusqu’alors tenu sur le bras, puis il descendit `a grands pas en direction du port.

L’officier avait `a peine fait la moiti'e du trajet, il se trouvait `a mi-c^ote, lorsqu’il s’arr^eta.

`A sa rencontre, montait un officier de marine, en tenue qui, visiblement, l’avait reconnu et se h^atait vers lui.

L’officier traversa la chauss'ee pour se rendre sur le trottoir o`u se trouvait Ivan Ivanovitch. Il fit le salut militaire, puis, dans une pose correcte et pleine de d'ef'erence, semblait attendre que son sup'erieur lui adress^at la parole :

— Vous venez aux ordres, monsieur ?

— Oui, mon Commandant ; je venais m’informer de vos intentions relativement au canot de service. Les hommes de la baleini`ere doivent-ils vous attendre ?

— J’allais les pr'evenir qu’ils pouvaient rallier le bord.

— Bien, mon Commandant. Devront-ils venir vous chercher un peu plus tard ?

— Non point. Monsieur le Commissaire, vous allez imm'ediatement r'eembarquer et porter ce message `a M. le Commandant en second.

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